Tous les musées n'ont pas la chance d'avoir des Léonard de Vinci, des Manet ou des Kandinsky. Au-delà des records de fréquentation enregistrés par les géants parisiens, attirer des visiteurs reste une gageure pour près de la moitié des quelque 1.200 musées français.

"On assiste à un effet de polarisation, entre des grands établissements qui peuvent se moderniser et accaparent la plupart des visiteurs, et ceux qui n'en ont pas les moyens", explique à l'AFP Jean-Michel Tobelem, professeur à l'Ecole du Louvre et à l'Université Panthéon-Sorbonne, alors que se tient samedi la 15e Nuit européenne des musées. 

"Si ça continue, il va y avoir de plus en plus de fermetures", s'inquiète M. Tobelem. La fréquentation globale des musées en France a baissé de 8% entre 2014 et 2016.

Loin du peloton de tête que forment les cinq géants parisiens - Louvre (plus de 10 millions d'entrées), musée du Quai Branly, Centre Pompidou, musée d'Orsay et musée d'Histoire Naturelle -, le musée d'art et d'histoire de Saint-Denis, rebaptisé musée d'art et d'histoire Paul Eluard, accueille environ 20.000 visiteurs par an.

Si sa fréquentation baisse, ce musée de la proche banlieue parisienne se démarque autrement. En atteste le prix "Osez le musée", obtenu en 2019, qui récompense un projet social et inclusif.

"Nous essayons d'attirer des gens qui ne viennent pas au musée en temps normal, en mettant en place des projets participatifs", notamment dans la confection des audioguides, explique à l'AFP Lucile Chastre, sa médiatrice culturelle. Du choix des "objets à présenter" en passant par "l'écriture du texte" jusqu'à "l'enregistrement", le musée travaille avec des "personnes issues de l'immigration" qui "apprennent le français". 

A l'occasion de la Nuit des musées, des lycéens conduiront les visites guidées.

"Malheureusement, les indicateurs classiques - nombre de visiteurs, billetterie - n'embrassent pas la réalité du travail que font les musées", regrette Mme Chastre qui plaide pour que les pouvoirs publics inventent "d'autres indicateurs pour juger des résultats".

- Mutualisation -

De nombreux autres musées, financièrement à la peine, sont menacés de fermeture. Alors que certains misent sur le financement participatif et que la dépendance aux initiatives privés augmente, mutualiser des collections pourrait leur donner une seconde jeunesse.

"Plutôt que d'avoir des petits musées qui vivotent, il serait plus intéressant de créer des établissements plus importants, avec plus de moyens techniques et financiers", estime M. Tobelem.

Mutualiser, c'est l'objectif du "réseau des musées de Normandie", fondé en 2003 et qui regroupe plus de 100 établissements, explique Margot Frénéa, sa coordinatrice. Dans une région où les plages du Débarquement attirent de nombreux touristes, ce réseau permet d'"accompagner" les "petits musées ayant une fréquentation faible et des petites équipes".

"Il y a beaucoup d'expositions communes entre deux musées, de mise en commun des collections et des ressources scientifiques", souligne Mme Frénéa.

Cette mise en réseau des musées de Normandie a permis de créer un "logiciel de gestion unifié", qui permet de "documenter les collections ou de faciliter le prêt des oeuvres".

S'il est "difficile d'en mesurer l'impact concret" sur la fréquentation, la responsable insiste sur l'"importance de se sentir intégré dans un réseau plus large" pour des musées avec une audience faible.

Leurs expositions sont aussi mises en valeur sur les réseaux sociaux des uns et des autres.

Des propos corroborés par Thierry Ehrmann, président de Artprice, leader mondial des banques de données sur la cotation de l'art, pour qui un "musée doit être présent sur internet et les réseaux sociaux". "Être ludique et utiliser les nouvelles technologies permet d'attirer de nouveaux visiteurs. Aujourd'hui, 90% des musées dans le monde ont l'intégralité de leurs collections sur Internet."